Aout 2003 - 10ème numéro de Porcinews

 
 
 
SELECTION D'ARTICLES

1.

Profils de croissance chez le porc : le modèle breton est-il toujours d'actualité?

2.

Prévalence du gène cpb2 codant pour la toxine béta2 dans des souches de Clostridium perfringens de terrain

3.

E. coli O157:H7 produisant la vérotoxine (VTEC O157:H7) dans la population porcine suédoise

4.

Identification de Mycoplasma hyorhinis dans des élevages à avortements

5.

Suivi d'un élevage atteint de SAMS : la diversité de souches de SDRP existe aussi en Europe

6.

Syndrome dermatite néphrite : étude cas témoin

7.

Survie du virus du SDRP dans la mouche domestique

8.

Efficacité des mesures de biosécurité pour prévenir la transmission de la fièvre aphteuse par le personnel

9.

Expression d'un antigène tronqué d'une toxine de Pasteurella multocida par Bordetella bronchiseptica

10.

Comportement d'éleveurs et comportement de troupeaux


Quelques informations Pfizer
Actualités à l'ISPAIA

 

1. Profils de croissance chez le porc : le modèle breton est-il toujours d'actualité ?

Thierry Solignac, responsable nutrition de Coopagri Bretagne a posé ainsi son intervention lors du dernier forum Capig organisé le 25 juin à St Brieuc. Plusieurs interrogations l'ont amené à ce débat.

Les meilleures performances en PS conduisent-elles automatiquement à de meilleures croissances en engraissement ? Quand il compare les performances danoises aux nôtres, cela ne semble pas forcément évident. Ils affichent ainsi "seulement" 410g de GMQ en post-sevrage mais 817g en engraissement (âge à 30 kg : 85,5j ; âge à 102 kg : 173,6j). Pour autant, le poids de sevrage influence la carrière du porcelet. D'une manière générale, les performances à un stade donné dépendent des performances passées. Différentes études, dont certaines conduites par Thierry Solignac l'ont déjà montré. Seulement son approche ne se situe plus au niveau individuel, mais au niveau des profils de croissance des bandes. S'il est vrai qu'on ne fera jamais un bon cochon avec un mauvais au départ, doit-on pour autant rechercher un poids maximum, une croissance maximale à chaque stade pour l'ensemble des animaux d'une bande s'interroge-t-il ?

Les résultats des 10% meilleurs éleveurs bretons étayent aussi sa réflexion. Leur âge à 25 kg stagne depuis longtemps alors que leur âge à 105 kg a progressé jusqu'en 1999. Les écarts de croissance ne se font donc pas qu'en PS. Les conditions d'élevage en engraissement jouent assurément un rôle. La surface par porc reste par exemple un élément déterminant largement sous-estimé à son sens. Un suivi de toutes les bandes d'un élevage pendant plus de deux ans l'a rappelé avec brio. Les bandes qui avaient une densité classique de 0,65m2/porc en engraissement voyaient leur croissance fortement pénalisée dès 80 kg. Nouvelle question : est-il logique de se battre pour 20 g de GMQ en 1er âge quand on peut en perdre 100 en phase finition ?

Toute sa réflexion se conduit dans un type génétique particulier, à savoir verrat terminal Large White x Piétrain ou Piétrain pur. Reprenant des données d'abattage, il argumente que les issues de ces animaux ont un GMQ et un M2 plus important que la moyenne. L'idée est alors de se dire que ces animaux ayant un potentiel de dépôt supérieur, on doit pouvoir pour un GMQ donné, réduire leurs apports quotidiens en lysine ou en énergie. Cela permet d'envisager des économies alimentaires.

Peut-on alors envisager une préparation digestive des animaux dans un contexte d'absence de facteurs de croissance ? Il a rappelé que nous connaissons tous des exemples où en baissant de gamme d'aliment dans un élevage, on a amélioré le contexte sanitaire sans détériorer les performances. Cela rejoint le point précédent sous l'angle du risque des pathologies d'excès. Cela rejoint aussi le premier point sur le lien entre les performances en PS et en engraissement. Et si la croissance compensatrice souvent infirmée existait ? C'est exactement ce que montrent, dans certaines conditions (densité, sanitaire contrôlés), des essais qu'il a conduit en élevage. Les lots qui démarrent dans la moyenne après sevrage sont ceux qui terminent le mieux.

Toute cette réflexion débouche sur une stratégie alimentaire originale qui ne s'intéresse pas uniquement aux performances d'un stade en particulier mais à la carrière des charcutiers. Tout d'abord, il s'agit d'optimiser les conditions d'élevage et la ration pour éviter toute situation d'excès, source de désordre. Dans un deuxième temps, il s'agit d'adapter le programme alimentaire pour contrôler les performances à certains stades (post-sevrage) pour mieux "éclater" les cochons ensuite. Pour étayer cette stratégie, deux éleveurs ont témoigné. L'œil de l'éleveur change avec cette démarche. Le premier (4 % de mortalité sevrage-vente, qui a suivi ce programme pour des raisons d'optimisation économique) a ainsi affirmé qu'il était étrange de se mettre à sortir des porcelets moins beaux du PS mais que le bilan financier de la démarche était convaincant. Le second motivé par un épisode de colibacillose particulièrement rebelle (en PS et en engraissement) était encore plus élogieux. Ils estimaient respectivement leurs gains par porc à 5,8 et 8,3 € !

 

T. Solignac, Profils de croissance chez le porc : le modèle breton est-il toujours d'actualité ? Forum Capig, 25 juin 2003, Saint Brieuc

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Commentaires de l'ISPAIA : Contrairement à nos habitudes, ce travail ne correspond pas à une publication. Il n'a donc pas encore subi la critique. Néanmoins, l'intérêt du sujet, son originalité dans son approche, dans sa remise en cause d'un certain nombre de dogmes que nous avons tous repris et répétés un jour a suscité toute notre attention. Thierry Solignac a toutefois bien pris garde à ce qu'on ne lui prête pas de propos erronés. Un mauvais cochon au sevrage ou qui démarre mal, ne fera jamais un beau cochon. Il n'aura pas non plus de croissance compensatrice a-t-il rappelé à plusieurs reprises.
Ce travail pose le problème des stratégies alimentaires à suivre aujourd'hui, dans notre contexte d'arrêt des facteurs de croissance, d'amélioration génétique. Tout ceci repose sur une réflexion et des données récentes, internes à Coopagri Bretagne. Il présente l'originalité de poser le raisonnement par rapport à un type génétique particulier. Nul doute que ce travail appellera des réactions, des essais complémentaires. Pour notre part, nous ne pouvons que souhaiter que ce travail brillamment exposé fasse l'objet d'une publication ou d'une présentation approfondie devant un public averti.

 

2. Prévalence du gène cpb2 codant pour la toxine béta2 dans des souches de Clostridium perfringens de terrain.

1132 souches de Clostridium perfringens d'origine porcine ont été analysées par PCR multiplex. Globalement, le gène cpb2 a été détecté dans 75,8 % des souches. Toutefois, dans les souches de C. perfringens isolées de porcs diarrhéiques, la prévalence du gène est de 85,8%, alors qu'elle n'est que de 11,1% dans les souches de porcs non-diarrhéiques.

D'autre part, la prévalence du gène parmi les souches isolées de porcelets nouveaux-nés diarrhéiques est de 91,8%. Chez ces porcelets nouveaux-nés, la majorité des souches sont de type A.

Parallèlement, le gène cpb2 a été mis en évidence dans 90,9% des souches de type A et dans 97,2% des souches de type C. Les tests d'expression de la toxine beta2 par les souches cpb2-positives montrent que la toxine est produite dans 96,9% des cas pour le type A (32 souches testées) et dans 100% des cas pour le type C (6 souches testées). A l'inverse, les souches cpb2-négatives n'ont pas exprimé la toxine beta2. La prévalence élevée du gène cpb2 dans les souches isolées de porcelets nouveaux-nés diarrhéiques d'une part, et la très forte corrélation entre la présence du gène et l'expression de la toxine beta2 d'autre part, fait suggérer aux auteurs que cette toxine est impliquée dans la pathogénicité de ces infections.

 
D. Bueschel et al., Prevalence of cpb2, encoding beta2toxin, in Clostridium perfringens field isolates: correlation of genotype with phenotype, Veterinary Microbiology, 94, juillet 2003, 121-129

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Commentaires de l'ISPAIA : Le résumé ne correspond qu'à l'analyse des souches porcines car l'étude porte sur 3270 souches de différentes espèces. Comme toujours, il s'agit d'être prudent dans la transposition que l'on peut faire de ce genre de travail. Les souches étudiées ont été collectées pendant neuf ans par l'université de l'Arizona. Les flores de nos élevages ne sont donc pas forcément similaires. Il faut aussi s'arrêter quelque peu sur les pourcentages observés. Le nombre de souches issues de porcs diarrhéiques (en opposition à celles issues de porcelets) est de 381. Celui des porcs non diarrhéiques n'est que de 9. Cela limite donc la portée de l'opposition de 85,8% de prévalence du gène dans les souches de porcs diarrhéiques contre 11,1% dans celles de porcs non diarrhéiques. Néanmoins il étaye la discussion sur le rôle potentiel de cette toxine et des souches de Clostridum perfringens qui les produisent dans la pathologie digestive porcine.

 

3. E. coli O157:H7 produisant la vérotoxine (VTEC O157:H7) dans la population porcine suédoise.

Des prélèvements fécaux ont été réalisés sur 2446 porcs dans 5 abattoirs suédois (représentant environ 50% de l'abattage suédois). La moitié des prélèvements ont eu lieu au printemps et l'autre moitié à l'automne. Les prélèvements étaient mélangés par 5 pour l'analyse. Si le résultat était positif, l'analyse de chaque échantillon constitutif du mélange était conduite. Il en ressort que 2 échantillons sont positifs VTEC O157:H7, soit une prévalence de 0,08% avec un intervalle de confiance de 0,00% à 0,16%. Un prélèvement vient d'un porc d'une ferme comprenant des porcs et des bovins. L'autre prélèvement positif vient d'un élevage de porcs plein air.

Parallèlement, l'étude restitue les données d'un suivi longitudinal dans 4 élevages de bovins positifs VTEC O157:H7. Ces 4 élevages avaient également des porcs. Selon les élevages, les résultats des prélèvements sur les porcs se révèlent positifs sur une période de 4 à 11 mois. Dans 3 élevages sur les 4, il s'agit de la même souche entre les bovins et les porcs. Dans les 4 élevages, les 2 espèces sont soignées par le même personnel qui ne se changent pas pour passer des bovins aux porcs. De manière intéressante, les auteurs montrent que dans un des élevages, seuls les porcs logés dans une salle communicant avec la stabulation présentaient des prélèvements positifs. A l'inverse, tous les autres porcs de cet élevage logés dans un autre bâtiment étaient négatifs.

Afin d'avoir une idée de la durée de portage, 159 porcelets positifs VTEC O157:H7 provenant d'un des élevages ont été mis en engraissement sur un site exempt de VTEC O157:H7. Six semaines après leur arrivée, seule une case sur 22 était positive. VTEC O157:H7 ; et à 9 semaines plus aucune case ne l'était.

 

E. Eriksson et al., Verocytotoxin-producing Escherichia coli O157:H7 in the Swedish pig population, Veterinary Record, 152, juin 2003, 712-717

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Commentaires de l'ISPAIA : L'étude de prévalence de VTEC O157:H7 rapporte des résultats assez similaires aux autres études européennes sur le sujet. Pour rappel, une étude dans 3 abattoirs français (1200 prélèvements sur 150 carcasses) n'avait pas révélé la présence de VTEC O157:H7 (cf. Porcinews n°2).
L'analyse des 4 élevages corrobore tout à fait l'hypothèse soulevée par R. Friendship (cf. Porcinews n°9) qui relevait le fait que les élevages de porcs positifs VTEC O157:H7 au Canada étaient des élevages qui avaient autrefois hébergés des bovins. Il semble donc que la concomitance de ces 2 espèces en élevage constitue un facteur de risque.

 

4. Identification de Mycoplasma hyorhinis dans des élevages à avortements.

Dans un élevage de l'Iowa comportant 4 unités de 4000 truies chacune, un premier épisode d'avortements a été enregistré en octobre 1995 avec 130 avortements. L'élevage vaccinait SDRP. Les cochettes et les truies atteintes ont cessé de se nourrir 1 à 3 jours avant l'avortement. Les résultats des 3 derniers mois de 1995 étaient les suivants :

 
Octobre 1995
Novembre 1995
Décembre 1995
Retour en chaleur
8,6%
49,7%
43,6%
Taux de mise bas
80,2%
46,3%
56,6%
Mortalité des cochettes et des truies
12,6%
8,4%
2,0%


Un problème d'avortement similaire a été rencontré dans cet élevage entre avril et juillet 1997.

D'autre part, dans un autre élevage de 1200 truies dans le Minnesota, des épisodes d'avortements ont également été enregistré en mai 1996, novembre 1996 et mai 1997. L'élevage vaccinait également SDRP depuis 1994. Les avortements étaient observés sur les cochettes et les truies à tous les stades de gestation (64% entre la 11ème et la 16ème semaine). Sur l'épisode de 1997 dans ce second élevage, les cochettes avaient 2,6 fois plus de risque d'avorter que les truies (p<0,01), alors qu'une telle différence n'avait pas été observée auparavant. Par contre, les nombres de morts-nés, momifiés ou porcelets nés-vivants ne sont pas différents de 1994 à 1997.

Un premier agent cytopathogène a d'abord été identifié à partir de divers tissus et de sérums de 10 porcelets faibles à la naissance de l'élevage du Minnesota. Un agent similaire a été détecté dans les sérums de 10 truies avortées de l'élevage de l'Iowa. Par RT-PCR (PCR par transcription inverse), les auteurs ont montré qu'une séquence de nuléotides de cet agent cytopathogène (527 bp) avait une similarité de 88,7% avec le gène ARNr 23S de Mycoplasma hyopneumoniae. Des tests complémentaires supportent l'hypothèse que cet agent soit un mycoplasme. Toutefois, à la différence de M. hyopneumoniae, cet agent n'est pas propagé en "milieu Friis". Parallèlement, une séquence de nucléotides de cet agent (ARNr 16S) présente seulement 0,8-1% de divergence avec des souches de M. Hyorhinis. Les auteurs suggèrent donc que ce nouvel agent est un variant de M. Hyorhinis.

A ce jour, M. Hyorhinis est connu comme une bactérie commune de l'appareil respiratoire chez le porc, pouvant causer occasionnellement polysérosite et arthrite chez les porcelets. L'association mycoplasmes - avortements n'avait pas été documentée jusque là chez le porc, à l'inverse d'autres espèces comme les bovins, caprins, équins, félins. D'autres études sont nécessaires afin d'éclaircir le rôle de M. Hyorhinis dans les problèmes d'avortements chez la truie.

 
J. Shin et al., Identification and characterization of cytopathogenic Mycoplasma hyorhinis from Swine farms with a history of abortions, Journal of Veterinary Medical Science, 65(4), avril 2003, 501-509

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5. Suivi d'un élevage atteint de SAMS : la diversité de souches de SDRP existe aussi en Europe.

L'équipe du Professeur Martelli, président du quatrième symposium sur les maladies émergentes à Rome, a présenté deux publications des plus intéressantes sur un suivi d'élevage atteint par le SAMS (Sow Abortion and Mortality Syndrome). Ce syndrome décrit depuis la fin de l'année 1996 aux Etats Unis est dû au virus SDRP. Cet élevage de 2000 truies de la vallée du Pô (naissage-post sevrage) a connu deux épisodes sévères en l'espace de huit mois en 2002 et 2003. Le deuxième épisode qui a démarré trois mois après la fin du premier a été le plus violent. Sur un enregistrement hebdomadaire, le taux d'avortement a dépassé 25% et le taux de mortalité 7%.

L'élevage était connu pour être atteint par le virus du SDRP en PS mais cela n'avait pas posé de problème important jusqu'alors (mortalité < 3%). Après avoir confirmé le rôle du virus SDRP dans le syndrome observé, ils ont recherché quel type de souche pouvait être en cause et s'il n'y en avait qu'une sur l'élevage. Ils ont donc procédé à trois isolements viraux sur les truies, deux sur les porcelets et un sur les cochettes. Par séquençage de l'ORF5, ils ont évalué l'homologie entre les souches. Pour considérer que deux souches sont similaires, il faut atteindre 97% d'homologie par cette technique. Les six souches se sont avérées différentes de celles de Lelystad (84-86% d'homologie) mais toutes du groupe "Italian like". Par contre, ces souches se sont révélées différentes entre elles. Si les trois souches des truies étaient identiques (100%), elles différaient des deux souches du PS (83,5-84,7%) et de celle des cochettes (84,2%). Les deux souches du PS étaient similaires (99,8%) mais différaient aussi de celle des cochettes (85,2%). Il y avait donc trois souches différentes du virus SDRP au même moment dans cet élevage.

Au cours du second épisode, ils ont à nouveau séquencé la souche isolée alors. Celle-ci différait de celle du premier épisode (85%). Par contre, il ne semble pas qu'ils l'aient comparée à celle du PS ou celle des cochettes. Les auteurs concluent donc sur plusieurs points : 1) absence de protection croisée entre ces deux souches hétérologues sur les truies dans le cas présent ; 2) on peut être confronté à une forte variabilité génétique du virus SDRP ; 3) cette étude de cas amène un nouveau regard sur les stratégie de contrôle.

 
P. Martelli et al., 4th international Symposium on Emerging and Re-emerging PiG Deseases, Rome, juillet 2003, 56-57 & 75-76

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Commentaires de l'ISPAIA : Cette diversité de souches du virus SDRP se retrouvait dans plusieurs autres communications et posters de ce congrès. Cela concernait avant tout le distinguo souches européennes / souches américaines. On pouvait ainsi constater que des élevages hébergeaient des souches américaines en Autriche, en Pologne, au Danemark, aux Pays Bas. En Pologne, l'élevage suivi ne vaccinait plus mais l'origine vaccinale de la souche était mise en avant par les auteurs. Pour l'étude hollandaise, les auteurs précisaient avoir trouvé les deux souches européennes et américaines aussi dans des élevages qui ne vaccinaient pas.

 

6. Syndrome dermatite néphrite : étude cas témoin.

Le circovirus de type 2 est souvent rendu responsable de ce syndrome. Néanmoins, cela ne fait pas forcément l'unanimité et le virus SDRP a aussi été évoqué. Pour essayer de mieux cerner l'étiologie, 3 porcs atteints de PDNS ont été sélectionnés dans 10 élevages (30 cas). Pour chaque cas, des porcs témoins sans symptôme de même âge et même poids ont été sélectionnés : 30 issus des mêmes cases que les cas, 30 issus des mêmes élevages mais de cases différentes, 30 issus d'élevages non atteints. Sur chaque animal, des prélèvements sur 10 organes et du sang ont été prélevés.

Le virus SDRP n'est pas retrouvé dans tous les cas de PDNS (83% par PCR et ELISA) et on le retrouve dans 60% des animaux témoins issus d'élevages non atteints. Les antigènes de PCV2 ne sont trouvés qu'occasionnellement sur les porcs témoins des trois groupes (chiffres non fournis). A l'inverse, ils sont présents chez les 30 cas. Il est essentiellement trouvé dans les tissus lymphoïdes puis dans la peau (63%) et seulement dans 53 % des cas dans le rein. Par contre, les lésions rénales classiques avec dépôt d'immuns complexes sont observées. Des anticorps et des fragments du complément sont présents dans ces dépôts. Une augmentation des CD8+ a aussi été observée dans les reins des animaux atteints. Les anticorps anti-PCV2 ont été titrés et on observe un gradient croissant entre les trois classes de porcs témoins. Les cas de PDNS sont ceux qui présentent les titres les plus élevés. La bactériologie n'a pas mis en évidence de germe rattachable au PDNS.

Pour les auteurs, les observations terrains associant MAP et PDNS, leurs résultats avec 100% de cas porteurs de l'antigène du PCV2 et les titres en anticorps les plus élevés pour les cas, leur font apparaître le PCV2 comme l'agent majeur du syndrome dermatite néphrite. Les lésions d'histopathologie vont dans le sens d'un désordre immunologique complexe. Reprenant d'autres travaux ayant montré que les antigènes viraux ne sont pas nécessairement retrouvés dans les dépôts d'immuns complexes des maladies virales, ils verraient là l'explication au taux relativement faible de rein positif en ADN de PCV2 (plus qu'en cas de MAP). Les titres d'anticorps élevés observés les encouragent alors à avancer l'hypothèse d'une pathogénicité par un phénomène d'hypersensibilité de type 3.

 

G. Wellenberg et al., 4th international Symposium on Emerging and Re-emerging PiG Deseases, Rome, juillet 2003, 96-97, and 6th international Congress of Veterinary Virology, Saint-Malo, août 2003, 82

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7. Survie du virus du SDRP dans la mouche domestique.

Après avoir montré que la mouche pouvait constituer un vecteur de contamination du SDRP, l'équipe S.Otake - S. Dee a voulu connaître la durée pendant laquelle la mouche (Musca domestica Linnaeus) pouvait être contaminante. Ils ont affamé 210 mouches durant 24 heures. Puis, ils les ont mises en contact avec un porc inoculé 7 jours auparavant avec le virus SDRP. Le porc était virémique au moment du contact avec les mouches. La même opération était conduite avec un porc négatif SDRP non-inoculé comme témoin. Sur les 2 porcs, de petites scarifications étaient réalisées sur le dos afin de faciliter l'accès au sang par les mouches.

Deux sous-échantillonnages (A et B) de 30 mouches ont été effectués à chacun des temps suivants : 0, 6, 12 heures post-"repas". Les mouches du sous-échantillon A ont été analysées comme un homogénat de mouches entières. Les homogénats de mouches entières prélevées 0, 6 et 12 heures suivant le repas se sont révélés tous positifs par PCR et par bio-essai chez le porc. Par contre, l'isolement viral a été négatif à chaque fois.

Les mouches du sous-échantillon B ont été traitées pour obtenir d'une part un lavage de la surface externe des mouches et d'autre part les organes digestifs. L'ARN du virus du SDRP a été détecté par PCR dans le liquide de lavage des mouches prélevées aux temps 0, 6 et 12 heures, mais seul le bio-essai au temps 0 a été positif à partir de ce liquide. De même, les analyses réalisées à partir des organes digestifs des mouches sont positives par PCR aux temps 0, 6 et 12 heures, et à 0 et 12 heures par bio-essai chez le porc. Les auteurs concluent que le virus du SDRP peut survivre dans le tractus digestif des mouches jusqu'à 12 heures suivant un repas sur un porc infecté et sur la surface des mouches pendant une plus courte période.

 

S . Otake et al, Survival of porcine reproductive and respiratory syndrome virus in houseflies, Canadian Journal of Veterinary Research, 67, juillet 2003, 198-203

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Commentaires de l'ISPAIA : Ce travail correspond aussi à une communication qui avait été faite lors du dernier congrès de l'AASV, cette année. Ce protocole d'étude de la transmission du virus SDRP a été repris de différentes manières par l'équipe de Scott DEE. Avec des mouches, ils ont pu montrer qu'une seule mouche pouvait transmettre le virus à un porc naïf (2 expériences + / 10). Ils l'ont testé aussi avec des moustiques (Aedes vexans). Avec un grand nombre de moustiques (100), la transmission a pu être montrée dans deux expériences sur 4 (cf Porcinews n°3). Avec 30 moustiques, elle n'a pas pu être montrée au cours d'une seule expérience. L'ARN du virus SDRP n'a été détecté qu'aux temps 0 et 6h dans le tube digestif des moustiques (AASV 2003 et Congrès de Rome, juin 2003). Les moustiques et surtout les mouches peuvent donc être des vecteurs du virus SDRP. Après un été chaud, on peut se demander ce que sont devenues les mouches qui ont voyagé dans nos voitures ou pire, celles qui ont suivi les camions d'équarrissage…Elles n'étaient peut-être pas porteuse de ce virus, mais elles n'étaient sans doute pas non plus SPF ! Voilà donc matière pour discuter où mettre les bacs d'équarrissage.

 

8. Efficacité des mesures de biosécurité pour prévenir la transmission de la fièvre aphteuse par le personnel.

Si l'abattage du troupeau est la mesure la plus efficace pour enrayer une épidémie de fièvre aphteuse, cela nécessite un diagnostic préalable et donc que du personnel entre dans des bâtiments potentiellement contaminés. L'objectif de cette étude est de déterminer les protocoles d'hygiène et les durées de quarantaine nécessaires pour éviter la transmission de la fièvre aphteuse.

L'étude a été réalisée à partir de la souche responsable de l'épidémie au Royaume-Uni en 2001. Dans une première salle, 7 porcs ont été inoculés. Deux jours après les animaux présentaient des lésions et des animaux contact ont alors été placés avec eux (5 porcs et 5 moutons). Quatre personnes sont alors entrées dans la salle et ont effectué différentes manipulations. Elles sont ensuite directement entrées dans une seconde salle (témoin positif) où elles ont manipulé des porcs et des moutons sains. Ce même protocole a ensuite été répété avec 4 personnes qui se lavaient les mains et changeaient de vêtements et de gants avant de rentrer dans la seconde salle. Dans une 3ème répétition les 4 personnes ont pris une douche et ont changé de vêtements et de gants.

Tous les porcs inoculés, plus les porcs et moutons contact, ont développé des lésions typiques de fièvre aphteuse, de même que tous les animaux témoins positifs pour lesquels le personnel était entré dans la salle sans aucune précaution. Par contre, dans le protocole où les personnes se lavaient les mains et changeaient de vêtements, aucun porc sur 5 et 3 moutons sur 5 ont présenté des lésions dans la seconde salle. Dans le protocole avec douche et changement de vêtements aucun porc et aucun mouton n'ont développé la maladie.

Les écouvillonnages nasaux pratiqués sur le personnel ont montré qu'une personne présentait le virus immédiatement après s'être occupée des animaux. A 12, 36, 60,84 heures post-exposition, tous les écouvillonnages étaient négatifs.

Les auteurs concluent que le lavage des mains et le changement de vêtement permet de réduire la dose infectante à un niveau insuffisant pour infecter des porcs mais suffisant pour infecter des moutons. La douche permet d'empêcher la transmission du virus chez les porcs et chez les moutons. Cette mesure assure probablement une meilleure décontamination que le lavage des mains. De plus, cela montre qu'une période de quarantaire n'est pas nécessaire. Ce point est d'ailleurs étayé par le fait qu'aucun écouvillonnage n'était positif 12 heures après l'exposition. Toutefois, les auteurs relativisent ces conclusions. En effet, sur le terrain, le nombre d'animaux par salle et la pression d'infection sont beaucoup plus importants, et parallèlement l'observance des mesures de biosécurité est moins bonne. Ces éléments peuvent entre autres limiter l'efficacité des mesures de biosécurité.

 
S. Amass et al., Procedures for preventing the transmission of foot and mouth disease virus to pigs and sheep by personnel in contact with infected pigs, Veterinary Record, 153, août 2003, 137-140

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9. Expression d'un antigène tronqué d'une toxine de Pasteurella multocida par Bordetella bronchiseptica.

Bordetella bronchiseptica est un facteur de risque courant dans l'établissement des souches toxinogènes de Pasteurella multocida (PMT) dans les cavités nasales de porc, concernées par la rhinite atrophique. Cette étude a pour but d'exprimer un épitope (déterminant antigénique) protecteur de PMT dans Bordetella bronchiseptica, pour créer un principe actif sous-unitaire destiné à une vaccination au niveau de la muqueuse pour contrôler la rhinite atrophique.

Pour atteindre ce but, un fragment de la toxine de P. multocida (PMTCE) non-toxique et capable de protéger contre une infection expérimentale létale chez la souris, a été cloné dans un plasmide et introduit dans B. bronchiseptica par électroporation. B. bronchiseptica portant le plasmide exprime le fragment PMTCE puisqu'il est détecté par électrophorèse sur gel de polyacrylamide et par immunoempreinte (western blot) grâce à un anticorps monoclonal dirigé contre l'epitope de PMT.

B. bronchiseptica portant le plasmide a ensuite été introduit par voie respiratoire à des souris. B. bronchiseptica portant le plasmide est détecté pendant les 72 heures suivantes en teneur décroissante. Des anticorps anti-B. bronchiseptica (IgM, IgA, et IgG) sont détectés à la fois dans le sérum et dans le liquide de lavage respiratoire, mais les anticorps spécifiques de PMTCE ne sont pas détectés.

Cette étude constitue les bases de développement d'un vaccin vivant atténué contre la rhinite atrophique.

 

S. Rajeev et al., Expression of a truncated Pasteurella multocida toxin antigen in Bordetella bronchiseptica, Veterinary Microbiology, 94, juillet 2003, 313-323

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10. Comportement d'éleveurs et comportement de troupeaux

Cette publication, à laquelle nous avons participé, reprend des éléments déjà présentés à l'IPVS en 2000. Toutefois, en plus de la mise en évidence de la relation entre productivité et comportement chez les truies (meilleur ISSF, meilleure productivité numérique avec les troupeaux confiants), cette publication présente les résultats du questionnaire réalisé auprès des éleveurs ayant participé à l'étude.

Les questionnaires ont été effectués en 1999. Ils visaient à analyser le comportement des éleveurs vis-à-vis de leur troupeau. Ainsi, les tâches les plus citées comme engendrant une perte de temps et étant les plus pénibles sont : le suivi des mise-bas, les soins aux porcelets, les vaccinations. Les éleveurs perçoivent les porcs comme des animaux craintifs ( 33,3%) voire émotifs (20,8%). En quarantaine, 14 éleveurs sur 24 (soit 58%) entrent au moins une fois par jour dans les cases. A l'inverse, 8 éleveurs (25%) n'y passent qu'une fois par semaine au maximum. En moyenne, le rythme des vaccinations du groupe est d'une par semaine.

Les vaccinations des cochettes sont réalisées avec des aiguilles stérilisables dans la majorité des cas. Pour ceux qui utilisent des aiguilles à usage unique pour la vaccination des cochettes, le nombre moyen d'utilisations par aiguille est de 6 (min = 1 ; max = 12) !

 

P. Leneveu et al., Relations entre réactions comportementales et productivité chez la truie - Etude et validation d'un test dans 24 élevages naisseurs-engraisseurs hors-sol, Revue de Médecine Vétérinaire, 154 (7), juillet 2003, 469-476

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Commentaires de l'ISPAIA : Ce questionnaire a été une base pour nous dans l'appréciation des protocoles de domestication. Nous avons continué à travailler avec. On voit qu'il reste du chemin à faire pour avoir des animaux confiants. Le passage quotidien dans les cases en quarantaine est un conseil réaliste puisque pratiqué par la majorité des éleveurs. Néanmoins, une forte minorité n'y passe que pour vacciner. Les aiguilles stérilisables, plus douloureuses restent majoritaires.

 


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